Jeudi 4 Fevrier 2010
Gainsbourg : Histoire en 5 volutes
La voix rauque, sombre et enfumée il s'agit bien de l'homme à la tête de chou, Lucien Ginsbourg alias Serge Gainsbourg. Un artiste à part entière, un poète, une gueule, un Gainsbarre.
Piano Gainsbarre
Sous le souffle de Boris Vian, les racines jazz incitèrent ses doigts de pianiste à composer pour des femmes comme Gréco. C'est autour de ce début de carrière qu'il commença à poinçonner le cœur de nombreuses femmes. Ses musiques, donnant certes l'eau à la bouche aux connaisseurs, n'avaient qu'un succès limité. Il dut attendre les poupées de cire, poupées de son yéyé pour enfin connaître un succès à l'anis avec des chanteuses comme France Gall. Puis ses 3 égéries vinrent successivement l'accompagner, l'amenant progressivement vers un style tantôt classique tantôt Rock around the bunker, en passant par un rock progressif digne des Pink Floyd (la BO de Cannabis... des soupçons de Dark Side deux ans avant...) poursuivant sur le reggae marseillais et enfin le faisant finir sur des rythmes fu?ks.
Ses ladies Héroine
Sa vie fut parsemée de nombreuses conquêtes mais seules ses 3 B ont été de vraies Muses.
La première en initiales B.B : Bardot. Une histoire courte, sensuelle et sans suite mais pourtant prolifique. Ce couple chanta à la Bonny and Clyde sur l'album du même nom et Serge lui écrit en une nuit le plus beau « je t'aime moi non plus » qui mit d'ailleurs fin à leur relation.
Puis ce fut Birkin et sa fragilité britannique qui l'envouta. Et c'est en compagnie de cet ex fan des sixties que l'homme à la tête de chou composa ses albums les plus marquants qui inspirent encore nombre d'artistes. Sa Baby Doll lui donna aussi 2 enfants dont Charlotte à qui il composa un album.
Enfin Bambou, qui lui donna un fils, Lucien, l'accompagna jusqu'à la fin, voyant la Décadanse du Gainsbourg vers le Gainsbarre, jusqu'à ce que la vie lui dise « you're under arrest ».
Serge et Poe-sie
Ses écrits ont été du début à la fin surprenants. Des vers parfois digne de Baudelaire qui l'ont mené à son apogée sur ses 2 albums conceptuels : « Melody Nelson » et « L'homme à la tête de chou ». 2 histoires où le poète s'exprime dans toute sa splendeur. Une bribe de « Variations sur Marilou » que j'affectionne : « Dans son regard absent et son iris absinthe ». Son humour des jeux de mot est clairement visible dans l'album « vu de l'extérieur » voire le mène au cynisme qu'il arbore dans son album « Rock around the bunker » montrant alors son coté provocant autour d'une farce sur le nazisme. On peut remarquer que parmi des thèmes comme l'amour ou la mort, un thème principal revient dans son œuvre : le sexe (l'eau à la bouche, les sucettes, No comment, love on the beat...).
Provoc'bourg
Tout le monde s'accorde à dire que c'est à coup de scandales que Gainsbourg a composé son requiem pour un con. On peut citer la phrase « I want to fuck you » glissée à Whitney Houston ou encore la destruction d'un billet de 500 F en direct à la télé. Son duo avec Charlotte dans « Lemon Incest », assis torse nu avec sa fille sur un lit, fit aussi scandale alors que les paroles étaient clairement écrites : « l'amour que nous ne ferons jamais ensemble est le plus beau... ». Mais c'est aussi cette ambiguïté que l'homme aimait cultiver (peut être autant que les choux). Enfin sa reprise de la Marseillaise en reggae sous le nom de « aux armes et cætera » lui vaudra aussi des moments agités, ce qu'il amplifiera, fidèle à lui-même, en rachetant le manuscrit de Rouget de Lisle quelques temps plus tard.
Il nous avait dit qu'il s'en irait...
C'est au bout d'une 5ème crise cardiaque qu'il est mort le 2 mars 1991. Au delà de sa ballade de Johnny et Jane dans l'autre univers, il inspire toujours après tant d'années de nombreux artistes qui le reprennent comme Placebo (la ballade de Melody Nelson), Carla Bruni (la noyée) etc...
Des livres sortent sur lui mais surtout un film : « Gainsbourg la vie héroïque. » Ce conte, retrace la vie de l'artiste avec un coté surréaliste : Il est très surprenant de voir sa conscience poétique matérialisée par un personnage qui apparaît tout au long du film. L'interprétation est excellente et l'écriture l'est tout autant : On parcours sa vie comme sur une Harley Davidson, entre vérité et inventions au service de la symbolique. La BO nous rappelle aux œuvres originales et même les dialogues sont de vrais clins d'œil. Je retiendrai notamment le passage où Serge rencontre Jane et qu'elle lui sauve la vie (il manque de se faire renverser) qui retrace bien l'histoire : enfin de compte elle lui a peut être réellement sauvé sa vie autant artistique qu'amoureuse après sa B.B. Story...
Un film que je vous conseille, pour le peu que vous aimiez Gainsbourg et que vous êtes prêt à vous laisser transporter dans son monde étrange.
Par thebrain, Jeudi 4 Fevrier 2010 à 22:01 GMT+2 dans Ludovic




